La lamentation d’Ur

jeudi 16 février 2017
par  Julien Daget
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Lamentation sur la ruine d’Ur
Tablette d’argile conservée au musée du Louvre.

La Lamentation sur la destruction d’Ur est un texte daté d’environ -1800, destiné à être prononcé à haute voix. À intervalles régulier intervenait un refrain, non repris ici : « le peuple pleura » ou « le peuple gémit ».

L’ouragan, comme un lion, se lança à l’attaque.
Et quand la tempête fut enfin rappelée hors de la ville,
cette ville n’était plus qu’un amas de ruines.
Ô vénérable Nanna, de cette cité en ruine, elle se retira !
En ce temps-là, la tempête se retira du Pays
et son peuple, qui n’était pourtant pas fait d’argile,
était répandu sur son sol comme un multitude de tessons.
À sa muraille, des brèches avaient été faites.
À sa haute porte, à toutes ses entrées, les cadavres étaient accumulés.
Dans toutes les grand’rues processionnelles, ils étaient étendus, tête contre épaule ;
dans toutes les impasses et les allées, les corps sans vie étaient empilés,
et sur les places, où l’on faisait naguère danser les gens du Pays, ils étaient accumulés en tas.
Le sang du Pays avait rempli toutes les fosses, comme du cuivre ou de l’étain en fusion,
et les cadavres, comme des carcasses de moutons laissées au soleil, se décomposaient sur place.

De ses hommes que la hache de bataille avait abattus, les têtes n’avaient pas été mises dans un linceul :
comme des gazelles prises dans un piège, ils gisaient le nez dans la poussière.
Ses hommes que l’épée avait fauchés, n’avaient pas été enveloppés des bandelettes funèbres :
ils étaient comme des enfants morts-nés qu’on aurait laissés dans le sang de l’accouchement.
Ses hommes que la masse d’armes avait fracassés, n’avaient pas été mis dans des étoffes fines,
et bien que n’étant pas pris de boisson, ils gisaient écroulés sur l’épaule de leut voisin.

Celui qui s’était élancé au combat, l’arme de l’ennemi l’avait arrêté net,
et celui qui s’était enfui, la tempête l’avait repoussé, lui aussi ;
à l’intérieur d’Ur le fort comme le faible avaient péri de la famine.
Les vieilles gens, qui ne pouvaient quitter leur maison, furent livrés aux flammes.
Les tout-petits, dormant encore sur le sein de leur mère, furent emportés d’un coup,
comme les poissons pêchés au filet dans la mer, et leurs nourrices aux bras robustes restèrent les bras vides.

La raison du Pays fut anéantie ; le bon sens du Pays fut englouti comme dans un marécage.
La mère abandonna sa propre fille sous ses yeux, le père se détourna de son propre fils ;
les épouses furent abandonnées dans la ville, les enfants laissés là, les richesses éparpillées çà et là ;
le peuple des Têtes Noires fut déporté de chez lui vers des quartiers d’esclavage.

Nikkal, comme un oiseau à l’envol, quitta sa ville.
Sur toutes les richesses du Pays, entassées comme elles l’étaient, des mains malpropres se jetèrent.
Aux entrepôts du Pays, remplis à craquer comme ils l’étaient, on mit le feu.
À l’intérieur de la sainte éminence à étages, les grandes haches de cuivre mordirent comme des molosses ;
Šimaškéens et Élamites, les destructeurs, traitèrent ce sanctuaire comme une quantité négligeable.


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