Déclaration de Vérone

« salopards de rebelles ! »
lundi 30 août 2021
par  Julien Daget
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Consigne : en analysant le document, montrez que Louis Stanislas d’une part prétend rétablir la l’Ancien Régime avec lui sur le trône, d’autre part offre son pardon tout en désignant des boucs-émissaires. L’analyse du document constitue le cœur de votre travail, mais nécessite pour être menée la mobilisation de vos connaissances.

Louis par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous nos sujets, salut.

En vous privant d’un roi qui n’a régné que dans les fers, mais dont l’enfance promettait le digne successeur du meilleur des rois, les impénétrables décrets de la Providence nous ont transmis, avec la couronne, la nécessité de l’arracher des mains de la révolte et le devoir de sauver la patrie, qu’une révolution désastreuse a placée sur le penchant de sa ruine. Cette funeste conformité entre les commencements de notre règne et du règne de Henri IV nous est un nouvel engagement de le prendre pour modèle et imitant d’abord sa noble franchise, notre âme toute entière va se dévoiler à vos yeux. [...]

Une terrible expérience ne nous a que trop éclairés sur vos malheurs et sur leurs causes. Des hommes impies et factieux, après vous avoir séduits par de mensongères déclamations, et par des promesses trompeuses, vous entraînèrent dans l’irréligion et la révolte. Depuis ce moment, un déluge de calamités a fondu sur vous de toutes parts. Vous fûtes infidèles au Dieu de vos pères, et ce Dieu, justement irrité, vous a fait sentir tout le poids de sa colère ; vous fûtes rebelles à l’autorité qu’il avait établie pour vous gouverner, et un despotisme sanglant, une anarchie non moins cruelle se succédant tour à tour, vous ont sans cesse déchirés avec une fureur toujours renaissante.
Considérez un instant l’origine et les progrès des maux qui vous accablent. Vous vous livrâtes d’abord à d’infidèles mandataires, qui, trahissant vôtre confiance et foulants aux pieds leurs serments, préparèrent leur rébellion contre leur roi, par la trahison et le parjure envers vous : et ils vous rendirent les instruments de leur passion et de vôtre perte. Après cela, vous vous laissâtes asservir par des tyrans ombrageux et farouches, qui se disputaient, en s’entre-égorgeant, le droit d’opprimer la France, et ils vous imposèrent un joug d’airain. [...] Le règne de la terreur a suspendu ses ravages, mais les désordres de l’anarchie les ont remplacé ; moins de sang inonde la France, mais plus de misère la consume ; votre esclavage enfin n’a fait que changer de forme et vos désastres que s’aggraver.

Il faut revenir à cette religion sainte qui avait attiré sur la France les bénédictions du ciel ; il faut rétablir ce gouvernement qui fut pendant quatorze siècles la gloire de la France et les délices des Français ; qui avait fait de votre patrie le plus florissant des états, et de vous-mêmes les plus heureux des peuples ; nous voulons vos le rendre : tant de révolutions, qui vous déchirent depuis qu’il est renversé, ne vous ont-elles pas convaincus, qu’il est le seul qui vous convienne ?
Et ne croyez pas ces hommes avides et ambitieux qui, pour envahir à la fois et vos fortunes et la toute puissance, vous ont dit que la France n’avait point de constitution, ou que sa constitution du moins vous livrait au despotisme : elle existe aussi ancienne que la monarchie des Francs, elle est le fruit du génie, le chef d’œuvre de la sagesse et le résultat de l’expérience. [...] Vos biens sont devenus la pâture des brigands à l’instant où le trône est devenu la proie des usurpateurs ; la servitude et la tyrannie vous ont opprimés dès que l’autorité royale a cessé de vous couvrir de son égide. Propriété, sûreté, liberté, tout a disparu avec le gouvernement monarchique. [...] Les implacables tyrans qui vous tiennent asservis retardent seuls cet heureux instant. Après nous avoir tout ravi, ils nous peignent à vos yeux comme un vengeur irrité, qui vient encore vous arracher la vie […]. Connaissez le cœur de votre roi, et reposez-vous sur lui du soin de vous sauver.

Non seulement nous ne verrons pas les crimes dans de simples erreurs, mais les crimes mêmes, que de simples erreurs auront causé, obtiendront grâce à nos yeux. Tous les Français qui, abjurant des opinions funestes, viendront se jeter au pied du trône, y seront reçus ; tous les Français, qui n’ont été coupables que pour avoir été entraînés, loin de trouver en nous un juge inflexible, n’y trouveront qu’un père compatissant. Ceux qui sont restés fidèles au milieu de la révolte, ceux qu’un dévouement héroïque a rendu les compagnon de notre exil et de nos peines, ceux qui déjà ont secoué le bandeau des illusions et le joug de la révolte, ceux qui, dominés encore par un cruel entêtement se hâteront de revenir à la raison et au devoir, tous seront nos enfants […].
Il est cependant des forfaits (que ne peuvent-ils s’effacer de notre souvenir et de la mémoire des hommes !), il est des forfaits dont l’atrocité passe les bornes de la clémence royale. Dans cette séance, à jamais horrible, où des sujets eurent l’audace de juger leur roi, tous les députés, qui participèrent au jugement, en furent complices : nous aimons à croire néanmoins que ceux, dont le suffrage voulût détourner le fer parricide de sa tête sacrée, ne se mêlèrent parmi ses assassins que dans le désir de le sauver, et ce motif pourra solliciter leur pardon ; mais les scélérats dont la bouche sacrilège osa prononcer le vœu de sa mort ; mais tous ceux qui ont été les coopérateurs, les instruments directs et immédiats de son supplice ; mais les membres de ce tribunal de sang, qui, après avoir donné dans la capitale le signal et l’exemple des massacres judiciaires, mit le comble à ses attentats, en envoyant à l’échafaud une reine plus grande encore dans sa prison que sur le trône, une princesse que le ciel avait formée pour être le modèle accompli de toutes les vertus : tous ces monstres, que la postérité ne nommera qu’avec horreur, la France entière appelle sur leurs têtes le glaive de la justice. Le sentiment, qui nous fait restreindre la vengeance des lois dans des bornes si étroites, vous est un gage assuré que nous ne souffrirons pas des vengeances particulières ; mais loin de vous la pensée qu’aucune vengeance particulière vous menace.
Ce trône, que par deux fois la révolution a privé du souverain qui l’occupait, n’est pas pour nous un objet d’ambition et de jouissance. Hélas ! Fumant encore du sang de notre famille et tout entouré de ruines, il ne nous promet que des souvenirs douloureux, des travaux et des peines. Mais la providence nous ordonne d’y monter, et nous savons lui obéir ; nos droits nous y appellent, et nous saurons les défendre ; nous pourrons y travailler au bonheur de la France, et ce motif enflamme notre courage. Si nous sommes réduit à le conquérir, plein de confiance en la justice de notre cause et dans le zèle des bons Français, nous marcherons à sa conquête, avec une constance infatigable et d’un pas intrépide : nous y marcherons, s’il le faut, à travers les cohortes des rebelles et les poignards des assassins. Le Dieu de saint Louis, ce Dieu que nous prenons à témoin de la pureté de nos vues, sera notre guide et notre appui.
Mais, non… nous ne serons pas contraints d’employer les armes contre des sujets égarés : non… nous ne devrons qu’à eux-mêmes, à leurs regrets, à leur amour, le rétablissement de notre trône, et la miséricorde céleste fléchie par leurs larmes, fera refleurir la religion dans l’empire des rois très chrétiens.
Ce doux espoir luit au fonds de notre cœur. L’infortune a déchiré le voile qui couvrait vos yeux ; les dures leçons de l’expérience vous ont instruit à regretter les biens que vous avez perdu. Déjà les sentiments religieux, qui se manifestent avec éclat dans toutes les provinces du royaume, retracent aux yeux édifiés l’image des beaux siècles de l’Église : déjà ce mouvements de vos cœurs toujours Français, qui vous ramène à votre roi, annonce que vous sentez le besoin d’être gouvernés par un père.
Mais ce n’est pas assez de former de stériles vœux, il faut prendre une résolution ferme : ce n’est pas assez de gémir sous le joug de vos oppresseurs, il faut nous aider à le rompre. Montrez à l’univers comment les Français, rendus à eux-mêmes, savent effacer des fautes dont leurs cœurs n’étaient point complices, prouvez que, si le grand Henri nous a transmis, avec son sang, son amour pour son peuple, vous êtes aussi les descendants de ce peuple, dont une partie toujours fidèle combattit pour lui rendre sa couronne, et l’autre, abjurant une erreur passagère, baigna ses pieds des larmes du repentir : songez enfin que vous êtes les petits fils des vainqueurs d’Ivry et de Fontaine-Française.
Et vous invincibles héros que Dieu a choisi pour être les restaurateurs des autels et du trône et dont la mission est attestée par une multitude de prodiges ; vous,dont les mains triomphantes et pures ont entretenu au sein de la France le flambeau de la foi et le feu sacré de l’honneur ; vous que nôtre cœur a constamment suivi, auprès de qui nos vœux nous portoient sans cesse, qui fûtes toujours nôtre consolation et nôtre espoir, illustres armées catholiques et royales, dignes modèles de tous les Français, recevez les témoignages de la satisfaction de votre roi : jamais il n’oubliera vos services, votre courage, l’intégrité de vos principes et vôtre inébranlable fidélité.

Donné au mois de juillet de l’an de grâce mil sept cent quatre vingt quinze et de nôtre règne le premier. Signé LOUIS

« Déclaration de Louis XVIII, roi de France et de Navarre, à ses sujets », Vérone, 7 juillet 1795. → https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56085368


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