Doc. : Macron à Oradour

discours du 10 juin 2017
mercredi 5 juillet 2017
par  Julien Daget
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Consigne : sans oublier de présenter le document, son auteur, son contexte, le lieu symbolique et ses sources, votre analyse peut insister sur la place donnée à la mémoire et à la réconciliation.
Méthode : l’analyse de doc(s)


Monsieur le maire d’Oradour-sur-Glane,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le président de l’Association nationale des familles des martyrs,
Messieurs les préfets,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Cher monsieur Robert HEBRAS,
Chers habitants d’Oradour-sur-Glane,

Mesdames, messieurs et vous jeunes filles, jeunes gens, enfants qui – pour prendre part à cette cérémonie au côté de vos camarades des établissements d’Oradour et de Limoges – êtes venus de Lyon, de Rion, de Gannat, de Pionsat, de Besserette, de Neuvéglise, de Murat, de Villiers-le-Bel, de Sarcelles, de Mulhouse, de Herrlisheim, de Paris,
Vos aînés ne m’en voudront pas, j’en suis sûr, si avant tout c’est à vous que je m’adresse aujourd’hui. Inévitablement le temps passe, les survivants du drame peu à peu se font rares.

Je salue avec respect et affection monsieur Robert HEBRAS, il est l’ultime survivant d’Oradour. Il a avec vous parcouru il y a quelques instants ce village, il a décrit des visages, des scènes par sa parole encore vivante.
Après le massacre, il s’engagea dans la Résistance où il fit preuve d’un immense courage. Et toute sa vie, il a gardé fidèlement la mémoire du 10 juin où il perdit sa mère et ses deux sœurs. Quel exemple vous êtes pour nous.

Je salue aussi les familles des victimes qui conservent gravé dans le cœur cette journée tragique. Mais les générations passent, aujourd’hui les derniers résistants déportés du Camp des Milles, Louis Monguilan nous a quittés, et chaque jour il en est ainsi.
Les générations passent, les présidents plus encore même si en ce jour je me souviens des fortes paroles de François Mitterrand prononçant l’éloge de l’espoir, de Jacques Chirac appelant de ses vœux un siècle de l’éthique, de François Hollande prônant la vérité et la réconciliation en présence du président allemand.

Voyez ces ruines qui sont derrière vous, déjà la pluie et le soleil après tant de décennies ont effacé les traces noires de l’incendie dévastateur. L’herbe du Limousin a repoussé dans ce sanctuaire, l’impact des balles tirées ce jour-là sur les hommes, les femmes, les enfants s’est poli sur ces murs et se confond avec l’érosion de la pierre.

Il en va de même la mémoire, elle aussi forcément s’érode.

Ce qui se transmet risque de s’affadir, sans cesse nous devons raviver la flamme et lui redonner sens. C’est pourquoi j’ai voulu que vous soyez présents ici, présents au côté des enfants d’Oradour et de Limoges, vous, centaines d’enfants des écoles de France, pour que la mémoire soit transmise dans sa substance par la vision des ruines, des tombes, des noms.
[...]

Ne supportons pas que soit attaqué ou repris un seul des espaces conquis par nos luttes communes. N’acceptons pas que les fruits de nos victoires qui s’appellent République, démocratie, droit de l’homme et du citoyen, qui s’appellent liberté, égalité, fraternité soient menacés ou contestés par les apôtres du néant, fanatiques en tous genres, extrémistes de toutes figures.

Tous ceux qui pour défendre une cause nient l’humanité de l’autre sont dans l’erreur, car nous sommes tous enracinés dans notre humanité. Il n’est pas de cause qui vaille si elle oublie cela.

Il est des mots aujourd’hui en France dont certains moquent l’innocence un peu naïve : humanisme, tolérance, bienveillance, espérance, revendiquez-les, défendez-les, faites-en vos drapeaux contre les drapeaux noirs et le relativisme corrosif dont notre monde souffre tant.

Tout ne se vaut pas. La parole d’un rescapé d’Oradour pèse plus qu’une autre. C’est cela être une conscience et c’est cela ce à quoi aussi, notre école doit veiller. Et je sais monsieur le ministre de l’Éducation nationale que comme moi, vous avez cela à cœur.
Se souvenir ce n’est pas seulement se rendre dans des lieux de pèlerinage indiqués par les professeurs ou les guides touristiques. C’est vouloir comprendre pourquoi nous sommes là. C’est saisir ce qui nous lie et qui nous unit. C’est revivre ce que nous avons affronté, surmonté, vaincu pour être ce que nous sommes : une nation.

C’est aussi percevoir le sens qu’il y a à poursuivre cet immense projet, cette merveilleuse ambition qu’on appelle la France. Oui, le monde est complexe, comprenez-le, soyez à la hauteur de ce qu’il exige de vous et soyez exigeants avec lui. Ouvrez-vous à lui, n’en ayez pas peur. Apprenez à l’aimer mais aussi à le changer. C’est à cela que sert l’éducation. Elle arme votre conscience contre les tentations mauvaises, la passivité morale et fait de vous des citoyens qui sauront opposer à tous les Oradour le goût inépuisable de la vie et de l’avenir.
[...]

Alors surgissent les bonnes volontés qu’anime un farouche désir de vérité, de justice et enfin de concorde. C’est cela la République, car nous avons fait ici concorde. Et ce sont ces mêmes fractures, ces mêmes balafres qui ont fait notre histoire européenne. Merci monsieur l’ambassadeur, Madame la députée d’être là parmi nous, merci à vous depuis tant d’années d’avoir ici travaillé avec courage pour que l’Europe se renoue, parce que ceux qui avaient vécu ces drames avaient chevillé au corps la morsure du nationalisme et des divisions et ce à quoi elle conduit.

Et ils se sont attelés à réconcilier les mémoires européennes, à retresser ses liens et à faire que la France et l’Allemagne ici aussi se réconcilient.

Jeunes filles, jeunes gens, les enfants, ce soir dans vos familles vous rapporterez le souvenir de ce martyre et ses enseignements. Vous ne serez plus les même. Mais vous rapporterez aussi, je l’espère, le goût et l’énergie d’édifier sur ses ruines encore chaudes un monde meilleur, de défendre, dans ce monde qui vacille, qui parfois doute, qui aujourd’hui encore trébuche, cette histoire dans laquelle se trouve notre destin, de défendre nos libertés toujours, les droits pour lesquels nos aïeux se sont battus et sont tombés, de défendre la sève de la République française et du rêve européen.

Car en oubliant, en décidant de ne plus nous souvenir ou de ne plus nous battre, nous prendrions ce risque, immensément coupables de répéter l’histoire. Je n’ai pour ma part qu’une seule tâche, une seule mission, de toutes mes forces vous aider à y parvenir. Vous en rendre capables.

Vive la République.

Vive la France.

http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-republique-hommage-a-oradour-sur-glane/


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Brèves

11 octobre 2016 - Corrigé

Analyse du discours de Marshall.