Doc. : l’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie

lundi 8 août 2016
par  Julien Daget
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Sujet d’analyse de document tombé à Pondichéry lors de l’épreuve du bac S le 17 avril 2015.
Méthode : l’analyse de document(s)

Consigne : analysez le document pour montrer les difficultés auxquelles sont confrontés les historiens de la guerre d’Algérie.

Extraits d’un article de Guy Pervillé, historien de la guerre d’Algérie

Cinquante ans après sa fin, la guerre d’Algérie semble suffisamment éloignées de nous pour être devenue un événement appartenant de plein droit à l’histoire. [...] La guerre d’Algérie a si profondément déchiré la communauté nationale qu’il n’a pas été possible de reconstituer une mémoire nationale consensuelle. En effet, la mémoire collective de cette guerre est éclatée entre, au moins, trois tendances divergentes : les partisans de l’Algérie française, ceux de l’indépendance de l’Algérie, et la majorité silencieuse de ceux qui ont évolué de la première à la deuxième position (à l’instar du général de Gaulle) tout en restant troublés par des sentiments confus et contradictoires. L’intégration de plusieurs populations venues d’Algérie dans des conditions très différentes (rapatriés européens, « harkis », immigrés et enfants d’immigrés algériens) renforce encore ces divergences. C’est pourquoi la guerre d’Algérie est longtemps restée une guerre sans nom (le mot « guerre » étant remplacé dans son cas par « opérations de maintien de l’ordre », sans signification consensuelle et sans commémoration officielle. La commémoration du 19 mars 1962 comme fin de la guerre d’Algérie, organisée depuis 1963 par une grande association d’Anciens combattants en Afrique du Nord, la FNACA, et par un nombre croissant de municipalités, provoque chaque année de véhémentes protestations d’autres associations d’Anciens combattants et de rapatriés français et français musulmans d’Algérie, pour lesquels cette date rappelle une défaite, et le début de la pire période de la guerre. [...]
Les historiens ont donc un rôle à jouer dans l’élaboration de la mémoire collective, en concurrence ou en coopération avec d’autres acteurs. Mais dans ce processus d’élaboration de la mémoire collective, les historiens se trouvent en concurrence avec des groupes porteurs de mémoires antagonistes, dont la rivalité mérite de plus en plus le nom de « guerre des mémoires ». [...] Cinquante ans après son dénouement, l’histoire de la guerre d’Algérie ne manque plus de sources : à celles de l’histoire dite « immédiate » (sources orales, audiovisuelles, périodiques et livres surabondants) elle ajoute depuis 1992 les archives publiques françaises en voie d’ouverture.

Guy Pervillé, « L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie », Historiens et Géographes, numéro 420, octobre-novembre 2012.


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