Doc. : trois acteurs de la crise de Cuba

mercredi 28 décembre 2016
par  Julien Daget
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Cf. Doc. : la crise de Cuba selon Khrouchtchev

Consigne : en analysant les trois documents, vous montrerez qu’il s’agit de trois points de vue qui ont eu pour conséquence trois comportements différents et trois étapes de la crise de Cuba.


Bonsoir mes chers compatriotes,
Fidèle à sa promesse, le gouvernement a continué de surveiller de très près les préparatifs militaires soviétiques à Cuba. Au cours de la dernière semaine, nous avons eu des preuves incontestables de la construction de plusieurs bases de fusées dans cette île opprimée. Ces sites de lancement ne peuvent avoir qu’un but : la constitution d’un potentiel nucléaire dirigé contre l’hémisphère occidental. [...]

Pour empêcher la mise en place d’un dispositif offensif, une stricte quarantaine sera appliquée sur tout équipement militaire offensif à destination de Cuba. Tous les bateaux à destination de Cuba, quels que soient leur pavillon ou leur provenance seront interceptés et seront obligés de faire demi-tour s’ils transportent des armes offensives. [...] Pour le moment cependant, nous ne cherchons pas à priver la population cubaine des produits dont elle a besoin pour vivre, comme les Soviétiques tentèrent de le faire durant le blocus de Berlin en 1948.
[...] Toute fusée nucléaire lancée à partir de Cuba, contre l’une quelconque des nations de l’hémisphère occidental, sera considérée comme l’équivalent d’une attaque soviétique contre les États-Unis, attaque qui entraînerait des représailles massives contre l’Union soviétique. [...]

Mes chers concitoyens, personne ne saurait douter qu’il s’agit là d’une décision difficile et dangereuse [...] personne ne peut prévoir précisément ce qu’il adviendra ni quels seront les coûts et les pertes en vies humaines [...] mais le plus grand danger serait de ne rien faire... Notre objectif n’est pas la victoire par la force mais d’affirmer ce qui est juste, pas la paix aux dépens de la liberté, mais la paix et la liberté, ici dans cet hémisphère et, espérons-le, dans le monde entier. Si Dieu le veut, notre but sera atteint.
Merci et bonne nuit.

John F. Kennedy, Discours au peuple américain, 22 octobre 1962. http://microsites.jfklibrary.org/cmc/oct22/doc5.html http://www.atomicarchive.com/Docs/Cuba/CubaSpeech.shtml
vidéo (18:42) : https://www.youtube.com/watch?v=EgdUgzAWcrw


Cher camarade Khrouchtchev,
L’analyse de la situation et des rapports qui sont en ma possession me pousse à croire que l’agression est imminente et devrait intervenir d’ici 24 à 72 heures.

Si les impérialistes envahissent Cuba avec pour objectif d’occuper l’île, leur politique d’agression serait si dangereuse pour l’humanité que l’Union soviétique devrait s’assurer qu’ils ne soient jamais en mesure d’utiliser l’arme atomique en premier [...].
Ce serait le moment [pour l’Union soviétique] d’éradiquer à jamais un tel danger par un acte d’autodéfense légitime, aussi dure et terrible soit cette solution, car il n’y en a pas d’autre.

Cette opinion est basée sur l’observation de leur politique agressive. Les impérialistes, sans égard pour l’opinion mondiale et contre les lois et les principes, ont bloqué les mers, violé notre espace aérien et se préparent à envahir, tout en bloquant toute possibilité de négociation, même s’ils comprennent la gravité de la situation. [...]
Je vous exprime, une fois de plus la gratitude infinie et la reconnaissance de notre peuple envers le peuple soviétique, qui a été si généreux et si fraternel avec nous, et, à vous, j’exprime notre profonde gratitude et notre admiration, souhaitant de vous voir réussir dans votre énorme tâche, et dans les graves responsabilités sont les vôtres.
Fraternellement,

Fidel Castro, message à Nikita S. Khrouchtchev, le 26 octobre 1962. http://microsites.jfklibrary.org/cmc/oct26/doc2.html


Premier message

Cher M. le Président,
[...] Je fais cette proposition : nous acceptons de retirer ces armes de Cuba que vous qualifiez d’armes offensives. Nous acceptons de le faire et d’annoncer cet engagement aux Nations unies. Vos représentants feront une déclaration annonçant que les États-Unis, de leur côté, en tenant compte de l’inquiétude des Soviétiques, évacueront leurs armes similaires de Turquie. [...]
Le gouvernement soviétique annoncera solennellement qu’il respectera les frontières et la souveraineté turque, qu’il n’interviendra pas dans ses affaires intérieures, qu’il n’envahira pas la Turquie [...]. Le gouvernement des États-Unis prendra le même engagement devant les Nations unies vis-à-vis de Cuba. [...]
Tels sont mes propositions, M. le Président.
Respectueusement vôtre,

Nikita Khrouchtchev, message à John F. Kennedy, le 26 octobre 1962 (9 h EDT [1]).
http://www.atomicarchive.com/Docs/Cuba/khrushchevletter2.shtml

Second message

Cher M. le Président,
[...] Vous proclamez maintenant des mesures de piraterie, qui étaient en usage au Moyen Âge, quand les navires étaient attaqués en haute mer, que vous qualifiez de quarantaine autour de Cuba. [...]
Si des garanties sont données par le président et le gouvernement des États-Unis qu’ils ne participeront pas à une attaque contre Cuba et empêcheront toute action de ce type, si ils rappellent votre flotte, celà changerait tout. Je ne parle pas pour Fidel Castro, mais je pense que lui et le gouvernement cubain, logiquement, déciderait la démobilisation [...].

Monsieur le président, je vous demande de peser avec le plus grand soin les implications qu’auraient les actes d’agression et de piraterie que les États-Unis se préparent à engager dans les eaux internationales.
Si vous n’avez pas perdu la maîtrise de vous-même et comprenez clairement ce à quoi cela pourrait nous mener, alors Monsieur le président, vous et moi ne devrions pas tirer sur la corde avec laquelle vous avez noué le nœud de la guerre. Car plus nous tirerons fort, plus nous serrerons le nœud. Un jour viendra où le nœud sera si serré que celui qui l’aura noué ne pourra plus le dénouer. Alors, le nœud devra être coupé. Je n’ai pas besoin de vous expliquer ce que cela signifie, car vous mieux que personne connaissez l’effroyable puissance de feu que nos deux pays ont en leur possession.
Par conséquent, s’il n’y a aucune intention de resserrer ce nœud et de condamner ainsi le monde à la catastrophe de la guerre thermonucléaire, ne nous contentons pas de relâcher les forces qui tirent sur les extrémités de la corde, prenons des mesures pour détacher ce nœud. Nous sommes prêts pour cela.
Respectueusement vôtre,

Nikita Khrouchtchev, message à John F. Kennedy, le 26 octobre 1962 (11 h EDT).
http://microsites.jfklibrary.org/cmc/oct26/doc4.html
http://www.historyteacher.net/HistoryThroughFilm/FilmReadings/Khrushchev-KennedyLetters-13Days.pdf (p. 5 à 9)


Pistes d’analyse

trois documents émis dans un court laps de temps, pendant la semaine du lundi 22 au vendredi 26 octobre 1962.

Document 1 : réagissons face à la menace
Discours du président des États-Unis JFK (qui a alors 45 ans), avec large diffusion radio et télé : « Bonsoir mes chers compatriotes », « Mes chers concitoyens » et « Merci et bonne nuit ».

Une vision manichéenne : le camp adverse est mauvais, pas nous.
• « île opprimée », Cuba désignée comme une dictature.
• Les Soviétiques sont agressifs, ils font des « préparatifs militaires », avec un « dispositif offensif », de l’« équipement militaire offensif » et « des armes offensives » : c’est un cassis belli.
• Tandis que les Étasuniens sont présentés comme les défenseurs de « ce qui est juste », de « la paix » et « de la liberté ». + allusion religieuse « Si Dieu le veut »
• Il s’agit de défendre l’hémisphère occidental, qui correspond à l’ensemble des Amériques ; le gouvernement des États-Unis parle au nom de tous les États américains, ils en sont les leaders (défense d’une chasse gardée : doctrine Monroe).

Annonce d’une double réaction :
quarantaine (mesure pour limiter la propagation d’une épidémie) sur l’acheminement « d’équipement militaire offensif », ce n’est pas un blocus (alors que les Soviétiques en ont fait un, eux, à Berlin en 1948-1949).
• menace de représailles massives sur l’URSS, c’est-à-dire l’emploi massif de l’arsenal nucléaire (bombes et missiles), en application de la doctrine Dulles valable depuis 1954. Elle est remplacée après la crise de 1962 par la [doctrine McNamara], de réponse graduée suivant la situation, plus flexible.

http://librecours.eu.free.fr/spip/IMG/pdf/1e_03_doc_propagande_de_guerre_2016-10.pdf

Document 2 : allons jusqu’au bout
Message de Fidel Castro (36 ans), alors premier ministre de Cuba (le président de la république de Cuba était alors https://fr.wikipedia.org/wiki/Osvaldo_Dorticós_Torrado). Le message n’est pas public, il n’est pas largement diffusé.

• champ lexical communiste : « camarade », « impérialistes » et « Fraternellement », c’est-à-dire ce qui relie les deux alliés.
• « gratitude infinie », « reconnaissance », « si généreux » et « notre admiration » : situation de dépendance vis-à-vis de l’URSS.
• adversaire est « impérialiste » (voulant conquérir un empire), « politique d’agression » (ils veulent la guerre), « dangereuse pour l’humanité », « contre les lois et principes »

Jusqu’auboutisme :
demande à peine voilée de déclencher une guerre thermonucléaire, que l’URSS mène une frappe préventive (first strike), présentée et justifiée comme de l’« auto-défense légitime ».

Document 3 : trouvons une solution
Deux messages de Nikita Khrouchtchev (alors 68 ans), président du Conseil des ministres d’URSS et premier secrétaire du Comité central du PCUS, adressé au président des États-Unis, via l’ambassade américaine pour le premier et via Radio-Moscou pour le second.

premier message : un deal donnant-donnant, pragmatique
Cuba contre la Turquie, permettant aux deux camps de ne pas perdre la face lors de ce bras de fer.

second message plus agressif :
• accusation de « piraterie », « en usage au Moyen Âge » (vous être des arriérés)
• aucune garantie en échange
• menaçant, rejetant les responsabilités sur Kennedy d’une guerre thermonucléaire.

Le 27, le gouvernement américain fit le choix de répondre seulement au premier message, en appliquant un minimum d’empathie pour comprendre la situation à Moscou. La sortie de crise fut donc trouvée par la négociation.


[1EDT, Eastern Daylight Time, désigne le fuseau horaire de la côte Est des États-Unis en été, en retard de quatre heures sur l’UTC, le temps universel coordonné (soit à peu près l’heure de Greenwich, GMT). En hiver, l’heure de l’Est est UTC-05:00 (EST, Eastern Standard Time). Quant à l’heure de Moscou, elle correspond à UTC+03:00.


Documents joints

Trois acteurs de la crise de Cuba

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