Doc. – Le massacre de Chios

le point de vue ottoman sur le massacre d’avril 1822
jeudi 7 octobre 2021
par  Julien Daget
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Consigne : en analysant les documents sans oublier de les remettre dans leur contexte, vous montrerez quel est le point de vue ottoman sur le massacre de Chios.
L’analyse du document constitue le cœur de votre travail, mais nécessite pour être menée la mobilisation de vos connaissances.
Méthode : l’analyse de document(s)


Document 1

Étant donné qu’aucun musulman n’a montré le moindre intérêt pour les têtes sans valeur des méprisables infidèles dont les corps souillés par le vice ont été raclés de la surface de ce monde par l’épée de la vengeance et dont les vies ont été enlevées par les griffes des champions de l’islam, nous avons confié à notre messager une cargaison de têtes et d’oreilles prises sur ceux de ces infidèles qui étaient célèbres et de quelque notoriété. Il dépend de la bonté de votre caractère que, dès qu’elles arrivent, avec l’aide de Dieu, elles soient remises à la Sublime Porte afin qu’on les fasse rouler sur le champ de l’exemple.

Rapport du gouverneur de Chio, Vahid Pacha [1], 28 avril 1822.


Document 2

Personne ne connaît mieux que moi le tort irréparable que nous nous sommes faits par la catastrophe de Chio ; ceux qui en sont les auteurs, seront responsables à Dieu et à notre Souverain du sang innocent qui a été versé inutilement dans cette occasion. Je Vous prie de croire que je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour ramener les insurgés grecs par les voies de la douceur et de la persuasion, et quand même leur obstination à refuser les offres du pardon m’obligerait à user de moyens coercitifs, le glaive de la justice ne frappera que les coupables pris les armes à la main, car je ne saurais oublier que tout individu, même le coupable, immolé à notre juste ressentiment, est une perte pour l’Empire ; je sais que les yeux de l’Europe sont fixés sur nous, mais il conviendrait qu’on nous tînt compte aussi des cruautés inouïes exercées par les rebelles contre des musulmans paisibles égorgés de sang-froid, et du massacre des milliers de femmes et d’enfants turcs, horreurs qui ont excité dans la nation un esprit de vengeance difficile à retenir dans les justes bornes.

Entrevue du capitan pacha (grand amiral) Husrev Pacha [2] avec l’internonce Ottenfels [3], 10 mai 1823.


Les deux documents ont été traduits et mis en ligne par Edhem Eldem, « Les défis du nouvel ordre », L’Empire ottoman et la Turquie face à l’Occident, chaire d’histoire turque et ottomane au Collège de France, 16 février 2018. → https://www.college-de-france.fr/site/edhem-eldem/course-2018-02-16-14h00.htm


[1Mehmet Said Halet Efendi (1761-1828) est l’ambassadeur de l’État ottoman auprès de l’Empire français de 1803 à 1806 et figure sur le tableau Le Sacre de Napoléon par David. Cf. Azmi Süslü, « Ambassadeurs turcs envoyés en France et Vahîd Pacha », université d’Ankara, 2016. → http://dergiler.ankara.edu.tr/dergiler/18/2127/22010.pdf

[2Koca Mehmet Hüsrey Pacha (1769-1855) est capitan pacha (c’est-à-dire grand amiral) de l’État ottoman de 1823 à 1827.

[3Franz Freiherr von Ottenfels-Gschwind (1778-1851) remplace en 1823 le précédent ambassadeur (ils ont alors le titre d’« internonce ») autrichien auprès de la Porte (surnom du gouvernement ottoman à Istanbul).


Documents joints

Le massacre de Chios, du point de vue (...)