Le discours de Calgacus

dimanche 27 novembre 2016
par  Julien Daget
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En 83 et 84, Cnaeus Julius Agricola, gouverneur de la province de Bretagne (aujourd’hui l’Angleterre), tente de conquérir la Calédonie (l’Écosse). Face à la légion romaine et aux troupes auxiliaires, les Calédoniens rassemblent une armée, dirigée par Calgacos. Tacite (gendre d’Agricola) raconte la bataille du mont Graupius (dans les Highlands), précédée par les harangues des deux généraux. Le discours du chef breton (quel est la part d’invention ?) est assez critique vis-à-vis des Romains.
Cf. l’article « Conquête romaine de la Grande-Bretagne », sur Wikipédia.

XXIX. 1. Au début de l’été, un drame familial blessa Agricola : il perdit son petit garçon, né au cours de l’année précédente. Il n’endura pas son sort avec l’ostentation propre à beaucoup d’hommes au caractère trempé et ne laissa pas pour autant aller aux pleurs et à l’accablement, comme les femmes. Dans le deuil aussi, la guerre était là pour le soutenir. 2. Il fit d’abord partir la flotte, qu’il avait chargée de se livrer un peu partout au pillage pour déstabiliser et terroriser l’ennemi. Dans l’armée de terre, il dispensa les soldats de porter des bagages. Il y avait incorporé les plus combatifs des Bretons qu’une paix prolongée avait acquis à notre cause.

Il atteignit les Monts Grampians, où déjà les ennemis avaient pris position. 3. En effet, nullement ébranlés par l’issue de la bataille précédente, les Bretons attendaient leur revanche ou l’asservissement. Ils avaient enfin compris que le danger qui les menaçait tous ne pouvait être conjuré que dans l’entente générale ; aussi avaient-ils envoyé des délégations, conclu des traités et avaient ainsi rassemblé les forces armées de toutes les tribus. 4. On pouvait déjà dénombrer plus de trente mille hommes sous les armes, auxquels venaient encore s’ajouter tous les jeunes gens et aussi des hommes âgés, encore alertes et verts, anciens combattants illustres, qui tous arboraient leurs décorations.

Parmi les chefs, Calgacus se distinguait par sa bravoure et son lignage. Devant la foule qui s’agglutinait et réclamait le combat, il prit la parole. Voici les propos qu’on lui prête :

1. « Chaque fois que je pense à nos raisons de faire le guerre et à l’état d’urgence où nous sommes réduits, j’ai vraiment l’espoir que cette journée, qui scelle aujourd’hui notre entente, marquera pour toute la Bretagne le début de sa liberté. Car c’est tous ensemble que vous êtes ici réunis, vous qui n’avez jamais connu l’esclavage. Au-delà de notre terre, il n’y a plus rien. La mer ne nous protège même plus : la flotte romaine nous y attend. 2. Alors, prendre les armes pour combattre - un honneur que revendiquent les braves - c’est le choix le plus sûr, même pour les pleutres !
3. Ceux qui autrefois, avec des fortunes diverses, ont combattu les Romains, voyaient dans notre force armée l’espoir d’être secourus. Pourquoi ? Nous étions de toute la Bretagne les plus dignes et, pour cette raison, nous vivions dans son cœur même, sans voir les rivages où vivent des hommes asservis. Nous préservions même nos regards à l’abri des atteintes de l’oppression. 4. Nous occupons les confins du monde, la terre des derniers hommes libres, car c’est notre éloignement même et tout ce qui entoure notre réputation qui, jusqu’aujourd’hui, nous ont protégés ; or tout ce qui est inconnu est magnifié. 5. Mais maintenant voilà que s’ouvre l’extrémité de la Bretagne. Au-delà, il n’y a plus un seul peuple. Il n’y a plus rien. Rien que des vagues, des écueils et une menace encore plus grande, celle des Romains. Ne croyez surtout pas que vous échapperez à leur fierté méprisante en vous effaçant dans l’obéissance.
6. Le monde entier est leur proie. Ces Romains, qui veulent tout, ne trouvent plus de terre à ruiner. Alors, c’est la mer qu’ils fouillent ! Riche, leur ennemi déchaîne leur cupidité, pauvre, il subit leur tyrannie. L’Orient, pas plus que l’Occident, n’a calmé leurs appétits. Ils sont les seuls au monde qui convoitent avec la même passion les terres d’abondance et d’indigence. 7. Rafler, massacrer, saccager, c’est ce qu’ils appellent à tort asseoir leur pouvoir. Font-ils d’une terre un désert ? Ils diront qu’ils la pacifient.

XXXI. 1. La nature a voulu que les enfants et les proches soient aux yeux de chacun les êtres les plus chers. Les conscriptions les arrachent pour en faire ailleurs des esclaves. Même si en temps de guerre, épouses et sœurs ont échappé aux appétits sexuels des envahisseurs, ceux-ci attentent à leur pudeur en invoquant l’amitié et les lois de l’hospitalité. 2. Les revenus des biens sont dévorés par l’impôt, chaque année les récoltes passent à donner du blé, les corps eux-mêmes et les bras s’épuisent, sous les coups et les injures, à défricher des forêts et assécher des marais.
3. Ceux qui sont nés pour servir ne sont qu’une seule fois pour toutes destinés à être vendus comme esclaves. Mieux, ils sont nourris par leurs maîtres. Mais la Bretagne, c’est chaque jour qu’elle achète son asservissement, chaque jour qu’elle le repaît. 4. Au sein du personnel domestique, tout esclave acheté en dernier lieu est tourné en ridicule, même par ses compagnons d’esclavage. De la même façon, dans ce monde domestiqué depuis bien longtemps, on nous voue à l’extermination : nous qui sommes les derniers venus, nous ne valons rien ! Car il n’y a ici ni champs, ni mines, ni ports à exploiter pour lesquels nous serions réquisitionnés. 5. Bien plus, la bravoure et la fierté de peuples soumis sont insupportables pour qui leur impose sa loi. Leur éloignement aussi et leur isolement sont en eux-mêmes d’autant plus suspects, qu’ils sont un meilleur rempart. 6. Pour vous qui n’avez aucune chance d’inspirer la clémence, c’est le moment d’être braves, que vous teniez à votre vie ou à la gloire. Les Brigantes, eux, menés par une femme, ont incendié la colonie, ils ont pris d’assaut le camp et, si le succès ne les avait pas portés à l’inaction, ils auraient pu secouer le joug. Mais nous, qui sommes restés ce que nous sommes et ignorons la soumission, nous, qui porterons les armes pour rester libres et non vivre de regrets, montrons, dès le premier choc, quels guerriers la Calédonie s’est réservés.

XXXII. 1. Croyez-vous vraiment que les Romains soient aussi vaillants à la guerre que dévergondés dans la paix ? Il n’y a que nos divergences et nos différends pour mettre en valeur ces gens, qui font des défauts de leurs ennemis la gloire de leur propre armée. Or cette armée n’est qu’un ramassis des peuples les plus disparates. Seules des circonstances favorables préservent son unité, que des revers réduiront en miettes. Mais, peut-être, pensez-vous que, tout en offrant leur sang pour asseoir ce pouvoir étranger, des Gaulois et des Germains et - quelle honte ! - bien des Bretons, qui furent plus longtemps les ennemis que leurs esclaves, se sentiront retenus par des sentiments de fidélité et d’attachement ? 2. La crainte et l’effroi sont de bien faibles liens d’amitié et, quand ils sont dépassés, ceux qui n’ont plus peur se mettent à haïr.
3. Tout ce qui fait vaincre est de notre côté. Ici, les Romains n’ont pas d’épouses qui enflamment leur courage, pas de familles pour les blâmer s’ils ont fui. Beaucoup n’ont pas de patrie ou peut-être est-ce une autre que Rome. 4. Ils ne sont que peu nombreux. Ils ne connaissent rien de cette terre et cela les fait trembler : le ciel lui- même, la mer, les forêts, c’est l’inconnu tout autour d’eux ! Tout se passe comme si les dieux nous avaient livrés des prisonniers enchaînés ! 5. Ne vous laissez pas impressionner par de vains dehors ni par l’éclat de l’or et de l’argent, qui ne protège ni ne blesse. 6. C’est dans les rangs mêmes de l’ennemi que nous recruterons nos propres troupes. 7. Les Bretons reconnaîtront leur propre cause ! Les Gaulois se souviendront de leur liberté perdue ! Tout comme viennent de le faire des Usipiens, tous les autres Germains déserteront ! 8. Après cela, qu’est-ce qui nous fera encore peur ? Des fortins vides ? Des colonies de vieillards ? Des municipes en mauvaise posture où se déchirent ceux qui se soumettent de mauvais gré et ceux qui les dominent injustement ?
Ici, il n’y a que leur général, ici, il n’y a que leur armée. Là d’où ils viennent, on paie des impôts, on peine dans les mines et tous les autres sévices s’abattent sur ceux qui sont asservis. Subirons-nous ces outrages à jamais ou nous en vengerons-nous tout de suite dans cette plaine ? Marchez au combat en pensant à vos aïeux et à vos fils ! »

XXXIII. 1. Ce discours souleva les guerriers. Comme tous les Barbares, ils chantaient, ils grondaient et leurs cris se heurtaient. Les plus hardis prirent les devants et des rangs se formèrent où étincelaient les armes.
Au moment même où les Bretons formaient leur ligne de bataille, notre armée, enthousiaste, ne tenait plus qu’à grand peine à l’intérieur du camp. Néanmoins, Agricola jugea opportun d’enflammer davantage ses hommes et leur tint ces propos :

2. « Camarades de combat, depuis six ans, sous les auspices de nos vaillants empereurs, auxquels nous avons loyalement prêté main-forte, vous n’avez remporté que des victoires sur la Bretagne. 3. Que de campagnes ! Que de combats ! Comme vous avez été vaillants face à l’ennemi ou endurants dans - comment dire ? - votre lutte contre la nature elle-même. Moi, je n’ai rien à vous reprocher, soldats, ni vous non plus à votre chef. 4. Ainsi, nous avons, vous et moi, dépassé les limites atteintes par les légats du passé et les armées précédentes. Le bout de la Bretagne est à nous. Nous ne le connaissons plus seulement par la réputation qu’on lui a faite. Non, nous y sommes, dans notre camp et sous les armes ! La Bretagne est dès maintenant explorée et réduite !

5. Oui, souvent au cours de notre marche, quand des marécages ou des montagnes et des cours d’eau vous harassaient, j’entendais les plus vaillants qui disaient : « Les aurons-nous donc un jour sous la main nos ennemis ? Quand les affrontons-nous ? »

Les voilà qui arrivent, refoulés de leurs repaires. C’est le moment de parier sur votre bravoure ! Tout vous est favorable si vous vainquez, mais se retournera contre vous si vous êtes défaits. 6. Car avoir fait tant de chemin, avoir échappé aux forêts, avoir franchi des estuaires, que c’est beau, quelle gloire pour une l’armée qui va de l’avant ! Mais, en cas de déroute, ce qui nous a pleinement réussi jusqu’aujourd’hui nous mettra en plein danger : nous ne connaissons pas aussi bien les lieux que nos ennemis et avons moins d’approvisionnement qu’eux. Nous n’avons que nos bras et nos armes, tout ne dépend que d’eux. 7. Pour ma part, j’ai adopté depuis longtemps comme ligne de conduite que ni une armée ni son chef ne sont en sécurité en tournant le dos au danger. 8. Par conséquent, mourir dans le respect du devoir vaut mieux que de vivre dans la honte et c’est au même endroit que nous attendent salut et honneur. Ce ne serait pas non plus une moindre gloire que de tomber aux confins du monde et de la nature.

XXXIV. 1. S’il s’agissait de populations dont vous ne saviez rien et si une armée inconnue vous attendait, c’est avec des exemples donnés par d’autres armées que je vous encouragerais. Mais pensez plutôt à vos heures de gloire, faites tout repasser devant vos yeux. 2. Eux n’ont attaqué l’an dernier qu’une seule légion, en pleine nuit et par surprise, et vos cris ont suffi à les mettre en déroute. Eux sont parmi les Bretons l’élite des fuyards et c’est pour cela que, si longtemps, ils se sont tirés d’affaire. 3. Quand vous pénétriez dans les forêts et les défilés, les plus hardis des animaux se jetaient sur vous tandis que les autres, apeurés et inaptes à se défendre, détalaient dès qu’ils percevaient vos pas. De même, les plus acharnés des Bretons sont tombés depuis bien longtemps. Il n’en reste plus qu’un contingent de pleutres morts de peur ! 4. Pourquoi les rencontrez-vous enfin ? Parce qu’ils ont organisé leur résistance ? Pas du tout : ils sont pris de court ! Cette situation inattendue et l’intense frayeur qui les paralyse, les ont immobilisés en armes sur ces positions. Alors, montrez-leur quelle belle victoire vous remporterez ! 5. Finissez-en avec les campagnes, couronnez cinquante ans de lutte par une journée grandiose ! Prouvez à l’État que, jamais, on n’a pu reprocher à votre armée d’avoir fait traîner la guerre ou d’avoir causé de rebellions. »

XXXV. 1. Agricola parlait encore que déjà montait l’excitation des soldats, et la fin de sa harangue déchaîna l’enthousiasme général. Aussitôt on courut de partout aux armes. 2. Galvanisés, les soldats ne tenaient plus en place. Voici comment Agricola les disposa : les fantassins auxiliaires, soit huit mille hommes, renforçaient le centre tandis que trois mille cavaliers étaient répartis sur les côtés. 3. Les légions prirent position devant le retranchement, car le prestige de la victoire serait énorme si on se battait sans répandre le sang romain ; elles attendaient aussi comme réserve en cas de déroute. 4. Quant aux Bretons, à la fois pour en imposer et pour faire peur, ils occupaient des positions assez élevées, sauf leur première ligne, déployée en terrain plat. Tous les autres, agglomérés sur les pentes de la colline, donnaient l’impression d’être dressés en hauteur. Au milieu du futur champ de bataille, des chars à faux évoluaient en menant grand tapage. 5. Agricola se rendit compte de la supériorité numérique des ennemis et, craignant d’être attaqué à la fois de front et sur les flancs, il étira les rangs. Conscient de l’extension de sa ligne de bataille, il ne fit pourtant pas venir les légions, comme beaucoup le lui conseillaient. Il choisit d’espérer et, résolu face aux difficultés, il renvoya son cheval et alla à pied se placer devant les enseignes.

XXXVI. 1. La bataille allait d’abord se livrer à distance. Aussi résolus qu’adroits, les Bretons, armés d’énormes glaives et de petits boucliers, évitaient ou déviaient les projectiles lancés par nos soldats et faisaient eux-mêmes pleuvoir sur ceux-ci de nombreux traits. Alors, Agricola engagea quatre cohortes de Bataves et deux de Tongres dans un corps à corps à l’arme blanche. Ceux-ci maîtrisaient cette technique, acquise par une longue expérience militaire tandis que les ennemis, avec leurs petits boucliers et leurs énormes glaives, s’y révélaient inaptes : dépourvus de pointe, leurs glaives ne permettaient pas aux Bretons de croiser le fer en luttant dans un espace restreint 2. Les Bataves se mirent à cogner dans la mêlée, à frapper de la bosse de leurs boucliers, à balafrer des visages. Venus à bout des hommes en position dans la plaine, ils portèrent le combat sur les hauteurs. Les soldats des autres cohortes voulurent en faire autant et, unissant leurs efforts, se lancèrent tous ensemble. Ils abattaient tous ceux qu’ils rencontraient sur leur passage, mais, dans leur hâte de vaincre, ils en laissaient beaucoup à moitié morts ou indemnes. 3. Entre-temps, les escadrons de cavalerie, voyant fuir les guerriers montés sur les chars, se mêlèrent au combat mené par les fantassins. 4. Leur brusque irruption sema l’effroi, même si les rangs compacts des ennemis et le terrain accidenté freinaient leur progression. Mais le combat n’avait rien d’équestre étant donné que, déjà en équilibre instable sur la pente, les soldats supportaient en plus la pression des chevaux. Souvent aussi, des chars sans conducteurs partaient en tous sens, et leurs chevaux effarés, menés par leur seule frayeur, frôlaient les rangs ou fonçaient droit sur ceux-ci.

XXXVII.1. Installés sur le faîte des collines, des Bretons ne se battaient pas encore et, n’ayant rien d’autre à faire, raillaient notre armée qu’ils trouvaient si réduite. Mais, peu à peu, ils descendaient pour prendre les vainqueurs de dos. Redoutant cette manœuvre, Agricola opposa à leur approche quatre corps de cavalerie tenus en réserve pour intervenir en urgence au cours de l’engagement. Les assaillants furent repoussés et chassés avec une énergie égale à la hardiesse de leur charge. 2. Ainsi l’initiative des Bretons se retourna contre eux-mêmes. Sur l’ordre d’Agricola, les cavaliers quittèrent le front pour attaquer à revers les positions ennemies. 3. Ce qu’on voit alors en terrain découvert impressionne et horrifie. On pourchasse, on blesse, on fait des prisonniers qu’on massacre dès qu’on tombe sur d’autres proies. 4. Les ennemis réagissent chacun à leur manière : des bataillons en armes se détournent de troupes moins nombreuses ; désarmés, certains chargent au péril de leur vie. 5. Partout ce ne sont qu’armes et cadavres, membres sectionnés, terre mouillée de sang. À certains moments, la colère réveille la bravoure des ennemis. 6. En effet, en arrivant à l’orée des bois, ils se regroupaient et, connaissant les lieux, ils encerclaient les premiers qui les poursuivaient sans autre précaution. 7. Mais Agricola était là partout : il envoya des cohortes fraîches et sans armes lourdes faire une battue ; une partie des hommes dut y procéder sans montures dans les fourrés tandis que, dans les clairières, il en fit patrouiller à cheval. Il évita ainsi un sinistre qu’aurait entraîné trop de hardiesse. 8. Or, en voyant les nôtres les poursuivre à nouveau en formation bien serrée, les Bretons prirent la fuite. Ce n’était plus une armée, aucun ne tenait plus compte de personne. Dispersés et s’évitant mutuellement, ils gagnèrent de lointains et inaccessibles repaires. 9. La tombée de la nuit et la saturation mirent fin à la traque. Environ dix mille ennemis avaient été abattus ; trois cent soixante des nôtres étaient tombés et, parmi eux, Aulus Atticus, préfet d’une cohorte, s’était laissé emporter au milieu des ennemis par le feu de sa jeunesse et son cheval fougueux.

XXXVIII. 1. Comme on pouvait s’y attendre, la joie des vainqueurs, comblés de butin, éclata dans la nuit alors que les Bretons étaient en pleine débandade. Dans une mêlée d’hommes et de femmes clamant leur souffrance, ils traînaient des blessés, appelaient à leur secours ceux qui étaient indemnes. Ils abandonnaient leurs maisons, que, dans leur colère, ils allaient jusqu’à incendier. Ils choisissaient des cachettes pour les quitter aussitôt. Ils demandaient à tous leur avis sans s’y tenir. Parfois la vue de leurs proches les ébranlait, mais plus souvent les surexcitait. 2. Certains mêmes - on le sait de bonne source - mettaient à mort leurs épouses et leurs enfants, avec la conviction qu’ils agissaient ainsi par pitié. 3. Le lever du jour fit découvrir sur plus d’étendue l’aspect de notre victoire : partout le silence de lieux dévastés, des collines solitaires, des habitations fumant au loin et personne sur la route des éclaireurs. 4. Agricola en avait envoyé partout. Ainsi, il put établir que les traces des fuyards ne menaient à rien de précis et que, nulle part, les ennemis ne s’étaient regroupés.

Tacite, De vita Agricolae, XXX à XXXII.
Source : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/TacAgr/Agrtrad.html


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