Doc. : la Chine au Moyen-Orient

lundi 21 novembre 2016
par  Julien Daget
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Consigne : en analysant le document, vous montrerez pourquoi et comment la Chine intervient au Moyen-Orient.
Méthode : l’analyse de doc(s)


La pénétration chinoise au Moyen-Orient : le cas des relations sino-égyptiennes

Ces dernières années se sont caractérisées, au Moyen-Orient, par une série de crises et de bouleversements qui n’en finissent pas de remodeler les équilibres régionaux. Ces derniers semblent pousser les acteurs locaux à rechercher des alliances internationales alternatives à celles prévalant antérieurement. Cette évolution coïncide avec un dynamisme diplomatique et économique plus affirmé de la part de pays émergents et leur ouvre des opportunités nouvelles. C’est le cas pour la Chine qui a, ces dernières années, considérablement accru sa présence partout au Moyen-Orient. Jusque dans les années 1990, cette région ne faisait pourtant pas partie des priorités chinoises. Un renversement s’est toutefois opéré avec la croissance rapide des besoins énergétiques de la Chine en raison de son essor économique. Elle est en effet devenue un pays importateur de pétrole en 1993. Le Moyen-Orient a alors remplacé assez rapidement la zone Asie-Pacifique comme principal fournisseur pétrolier de la Chine, devenant ainsi vital pour son approvisionnement. Dans la période post-11 septembre 2001, les relations économiques et commerciales entre Pékin et le Moyen-Orient pris dans son sens large – de l’Afrique du Nord au golfe Persique – se sont significativement développées. À la veille des « Printemps arabes », la Chine se classait ainsi dans le top cinq des partenaires économiques de la majorité des pays de la région. Le contexte international marqué notamment par l’enlisement de Washington en Afghanistan et en Irak, la crise financière de 2008/2009 et le rééquilibrage vers l’Asie de la politique étrangère américaine par l’administration Obama, a offert autant d’opportunités nouvelles à la Chine dans cette région. Les désordres et les bouleversements que connaît la région depuis la vague des « Printemps arabes » ne l’ont pas découragé de poursuivre et d’étendre les relations multiformes mises en place avec de nombreux partenaires locaux. À la volonté chinoise d’étoffer ses rapports avec les pays de la zone répond dans l’autre sens le souci pour les acteurs locaux de tirer profit des capacités économiques et financières, mais aussi politiques et militaires, de Pékin.
Le cas des relations sino-égyptiennes illustre ces intérêts croisés qui vont aujourd’hui bien au-delà de la seule question de l’approvisionnement pétrolier et permettent la mise en place de synergies nouvelles entre la Chine et le Moyen-Orient. Ils facilitent une pénétration chinoise graduelle dans cette région stratégique dominée jusque-là par l’influence américaine.
[…]
Même s’il faut faire la part entre ces annonces et les mises en œuvre concrètes de ces diverses propositions, l’évolution des relations bilatérales sino-égyptiennes ces dernières années contraste avec le coup de froid que la répression exercée par le nouveau régime à l’encontre des Frères musulmans et de toute contestation a entraîné dans les relations de l’Égypte avec Américains et Européens. Les positions des Occidentaux sont apparues ambiguës et louvoyantes, à l’instar des atermoiements américains pour qualifier la destitution de Morsi [1] de « coup d’État » ou pour suspendre en partie – puis reprendre – les aides à l’armée égyptienne. Autrement dit, les turbulences en Égypte ont offert à la Chine une opportunité de démontrer la cohérence d’une politique étrangère fondée sur des principes stables tels que la non-ingérence, au détriment des Occidentaux contraints à un exercice d’équilibrisme, souvent peu convaincant, entre la realpolitik et les valeurs prônées. Par le biais des échanges politiques à haut niveau, du commerce, des investissements, de la coopération et des transferts technologiques ainsi que des liens culturels et plus récemment d’un essor – certes encore modeste – des liens militaires, pour ne citer que quelques domaines, les rapports entre l’Égypte, un des pays les plus importants sur les échiquiers régionaux moyen-oriental et africain, et la puissance émergente chinoise attestent d’une convergence des intérêts à la fois économiques mais aussi politiques.

Elena Aoun et Thierry Kellner [2], « La pénétration chinoise au Moyen-Orient : le cas des relations sino-égyptiennes », Monde chinois, n° 44, Paris, éditions ESKA, 4/2015, p. 50-67. → https://www.cairn.info/revue-monde-chinois-2015-4-page-50.htm


Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Entretien avec Elena Aoun et Thierry Kellner : le Moyen-Orient vu par la Chine, 22 juillet 2015, sur www.lesclesdumoyenorient.com


[1Mohamed Morsi, chef des Frères musulmans, a été président de la République arabe d’Égypte de 2012 à 2013, avant d’être renversé par le coup d’État de juillet 2013 du général Abdel Fattah al-Sissi (nommé maréchal en janvier 2014 et élu président en mai à 94 %). Morsi a ensuite été condamné à la prison à vie.

[2Elena Aoun est d’origine libanaise, Thierry Kellner suisse : ils travaillent comme chercheurs l’une à l’université de Louvain, l’autre à l’université de Bruxelles, tous les deux spécialisés sur les relations internationales et le Moyen-Orient.


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La Chine au Moyen-Orient

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