Doc. : les villes moyennes face à la métropolisation

mardi 23 août 2016
par  Julien Daget
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Consigne : à partir de l’analyse du document, vous montrerez la place des villes moyennes dans l’armature urbaine française et leurs dynamiques actuelles.

Les villes moyennes, espaces en voie de disparition ?

La France des préfectures et sous-préfectures n’est pas un mythe, elle constitue même l’armature du territoire et en explique nombre des qualités et des faiblesses. Enfants chéries de l’État impérial, monarchique et républicain, les villes moyennes ont connu une place privilégiée dans l’Hexagone. Elles ont prospéré grâce au quadrillage étatique avec son cortège de préfets, de magistrats, d’enseignants et d’administrateurs. Leur relatif isolement – lié à la faible densité du pays – leur a conféré une forme de monopole administratif et commercial, voire industriel. […]

Ces villes font désormais face à plusieurs processus de déstabilisation. La mobilité des personnes leur fait peu à peu perdre leur monopole administratif et économique sur leur bassin de clientèle. La croissance des grandes villes, qui attirent population et emplois, concentre les fonctions supérieures d’éducation, de culture, de loisir et grignote les « parts de marché territoriales » des villes moyennes. La réduction des effectifs atteint durement les industries situées dans les villes moyennes, particulièrement dans les régions les plus anciennement industrielles. Et surtout, les villes moyennes sont peu à peu délaissées par l’État dont les effectifs, décentralisation et rationalisation obligeant, se retirent physiquement des territoires pour concentrer ce qui reste des troupes dans les capitales régionales. La réforme des cartes judiciaires, militaires ou hospitalières peut être fatale aux préfectures les plus petites, et plus encore aux sous-préfectures.

Signe des temps, après avoir financé le développement d’universités dans les villes moyennes, l’État, dans les années 2000, se tourne de plus en plus vers les métropoles. Plan campus, appel à coopération métropolitaine, pôles de compétitivité : autant de gestes (et de milliards d’euros) dépensés en faveur des grandes villes, au nom de la compétitivité du pays. Face à cette nouvelle alliance État-métropoles, les villes moyennes peuvent s’estimer – après avoir profité de ses largesses – abandonnées par l’État. Elles sont orphelines. Livrés à eux-mêmes, les acteurs des villes moyennes ont dû s’organiser en fonction des ressources et de leur situation géographique. Ils ne sont pas cependant totalement démunis. Le développement de l’intercommunalité et le renforcement des conseils généraux contribuent à maintenir une fonction administrative et à assurer une emprise sur le territoire environnant. La distance aux capitales régionales et aux métropoles, et les relations qu’elles nouent avec elles deviennent, un facteur décisif pour les villes moyennes.

Certaines villes moyennes s’inscrivent fonctionnellement puis politiquement au sein d’un système métropolitain animé par la capitale régionale. C’est le cas de quelques villes autour de Lyon, ou de Toulouse, qui tissent des liens d’interdépendance économique, culturelle et touristique avec la grande ville, en assumant une forme de satellisation. D’autres concluent des accords spécifiques avec la grande ville proche : c’est le cas de Saint-Nazaire qui se rapproche de Nantes, ou de Riom qui s’intègre dans une sorte de conurbation avec Clermont-Ferrand. Ces intégrations « métropolitaines » sont plutôt bénéfiques aux villes moyennes qui voient croître leur population et leur emploi.

Une deuxième catégorie de villes moyennes, plus distantes des métropoles, peut bénéficier de leur influence sans pour autant perdre leur emprise sur leur territoire. C’est le cas de Rodez, du Puy-en-Velay ou d’Aurillac dans le Massif central. Elles maintiennent une activité économique et industrielle, commerciale et administrative et perpétuent une emprise sur leur bassin. Quelques-unes ont su construire des attractivités particulières, avec des investissements publics, ou des événements dans le domaine culturel notamment – musée Soulages à Rodez, festival du théâtre de rue à Aurillac ou chemins de Saint-Jacques au Puy – qui leur permettent d’élargir leur clientèle.

Il reste une troisième catégorie, située dans le vaste croissant qui relie le cœur de la Basse-Normandie à la Bourgogne, en passant par la Picardie, le Nord-Pas-de-Calais et la Champagne-Ardenne. Ces villes représentent une part résiduelle du territoire et de ses habitants, mais leurs difficultés sont réelles et les perspectives d’évolution bien minces. Ici, la question des villes moyennes se confond avec celle du territoire : ce n’est plus la catégorie en tant que telle qui pose problème, mais la place de ces espaces de vieille industrie et d’agriculture extensive dans l’ensemble national.

Daniel Behar et Philippe Estèbe [1], « Les villes moyennes, espaces en voie de disparition ? », Libération, 12 mars 2014.


Tentative de correction

On ne peut pas attendre de la part d’un élève en classe de première qu’il produise une étude critique (en série ES ou L) ou une analyse de document (en série S) aussi développée que ci-dessous. Mais la copie sera évaluée en fonction du respect de la méthode (il faut respecter un format répondant aux conventions, sans parler de la grammaire élémentaire) et de la qualité de sa réponse (il faut injecter des connaissances précises, en ayant un regard critique, et en rédigeant avec un certain style).

Introduction

Rappel de la méthode : l’introduction doit fournir une présentation du document (nature, source/auteur, date/contexte et idée principale) et une annonce du plan.

Le document est un article de journal, publié dans le quotidien Libération en mars 2014. Depuis quelques années, une série de publications évoquent les problèmes des villes moyennes en France, dans un contexte de montée de l’inactivité et du vote extrémiste dans ces territoires.
Les auteurs sont deux géographes français, spécialistes de l’urbanisme et de l’aménagement des territoires.
Trois notions sont essentielles à définir : la « métropolisation » (processus de renforcement des métropoles), une « ville moyenne » (une agglomération peuplée de plusieurs dizaines de milliers d’habitants) et l’« armature urbaine » (comment les agglomérations se répartissent et s’organisent).

Si on veut reformuler le titre (qui est l’idée principale) sous forme d’une problématique, on peut prendre la question suivante : comment la métropolisation influence-t-elle l’évolution des villes moyennes ?

Une proposition de plan est offerte dans la consigne (comme c’est souvent le cas) :
• place des villes moyennes dans l’armature urbaine ;
• typologie des villes moyennes françaises.

Première partie

Rappel de la méthode : chaque partie doit être structurée en sous-partie. La première phrase doit servir de mini-introduction, présentant le thème de la partie. La dernière phrase doit servir de transition.

Les villes moyennes françaises s’intègrent dans l’armature urbaine du pays.

Celle-ci est hiérarchisée : une mégapole (une dizaine de millions d’habitants) domine l’ensemble, avec en-dessous d’elle des métropoles régionales (plusieurs centaines de milliers de résidents), encore en-dessous des grandes agglomérations un peu plus modestes (une centaine de milliers d’habitants), puis les « villes moyennes » (plusieurs dizaines de milliers de résidents) et enfin les petites villes (quelques milliers d’habitants).
Les villes moyennes, dispersées sur tous le territoire français sous forme d’un maillage régulier, forment un échelon inférieur de l’armature urbaine française.
Cette hiérarchie se retrouve dans l’exemple de l’enseignement supérieur : si les métropoles disposent chacune au moins d’une université, l’équipement des villes moyennes en ce domaine se limite à une annexe universitaire, un IUT ou à une école d’ingénieurs modeste.

Le phénomène de métropolisation renforce les principales agglomérations, notamment en France la mégapole parisienne et les métropoles régionales.
Selon les deux géographes, les villes moyennes sont concernées : il s’agirait d’un « processus de déstabilisation » (une évolution auquel il faut s’adapter), avec perte du « monopole administratif et économique » (ces fonctions se déplacent au profit des métropoles).
Ce phénomène est renforcé par l’action de l’État, dont les dépenses se concentrent de plus en plus dans les métropoles, délaissant les agglomérations plus modestes par souci d’économies budgétaires.

Les villes moyennes en subissent les conséquences, mais avec des différences en fonction de la situation : il y a une certaine diversité.

Seconde partie

Rappel de la méthode : chaque argument doit être illustré d’au moins un exemple, pris dans le document, ou venant des connaissances personnelles. En géographie, il faut que l’exemple soit précisément localisé.

Les auteurs proposent de regrouper les villes moyennes françaises en trois catégories, en fonction de leur situation actuelle, dépendante de leurs relations avec la métropolisation.

Celles qui se portent le mieux sont les villes moyennes en situation de coopération, peut-être d’interdépendance, avec une des métropoles françaises. Selon les auteurs, elles font alors partie d’un « système métropolitain », c’est-à-dire d’un réseau structuré comprenant plusieurs agglomérations. Grâce à cela, ces agglomérations restent dynamiques (sur les plans démographique et économique).
Pour illustrer cette « intégration métropolitaine », ils citent les villes moyennes autour de Lyon (par exemple Villefranche-sur-Saône, Bourgoin-Jallieu ou Vienne) et de Toulouse (Montauban, Albi ou Castres). On aurait pu prendre aussi le cas des aires urbaines moyennes autour de Paris (Chartres, Évreux ou Beauvais).

Selon les auteurs, quelques villes moyennes plus éloignées des métropoles s’en sortirait bien, conservant un peu de dynamisme. Cet isolement relatif leur permettrait de garder un certain contrôle sur leur territoire, sur les plans économique (rôle commercial) et administratif (rôle de relais du pouvoir central).
Ils citent les cas de Rodez, du Puy-en-Velay et d’Aurillac, qui ont comme points communs d’être toutes les trois des préfectures (respectivement de l’Aveyron, de la Haute-Loire et du Cantal), au milieu d’un territoire montagneux (donc assez difficile d’accès). L’activité est dominé par la fonction publique : le principal employeur y est systématiquement l’hôpital.

Enfin, les auteurs classent dans une troisième catégorie les villes moyennes en difficulté, qui selon eux sont celles des marges du Bassin parisien, de la Basse-Normandie à la Bourgogne en passant par la Picardie. Ces agglomérations subissent un solde migratoire négatif : les habitants partent pour faire leurs études ou pour trouver du travail. C’est le cas par exemple des trois principales agglomérations de l’Allier (Montluçon, Vichy et Moulins) ou du sud-est de la Champagne (Vitry-le-François, Saint-Dizier et Chaumont).
Les deux géographes expliquent que l’origine des problèmes serait à chercher dans les caractéristiques des territoires, des espaces ruraux peu compétitifs et touchés par la déprise économique.

Conclusion

Rappel de la méthode : la conclusion doit montrer quels sont les apports et les limites du document.

Si le programme scolaire insiste sur les métropoles françaises et leurs points forts, ainsi que sur la place des territoires français dans la mondialisation, le document se concentre lui sur un échelon beaucoup plus modeste. Nombre de ces villes moyennes sont franchement en difficulté, même si l’article aborde cette évidence à mots couverts. D’où sûrement l’absence d’exemple pour la troisième catégorie... Ce n’est pas le festival du théâtre de rue qui va permettre à Aurillac de se développer.

Jean-Michel Floch et Bernard Morel, Panorama des villes moyennes, INSEE, août 2011.


[1Daniel Behar est professeur à l’Institut d’urbanisme de l’université Paris-Est Créteil ; Philippe Estèbe enseigne à Science Po et dirige l’Institut des hautes études en aménagement et développement des territoires en Europe (IHEDATE).


Documents joints

Les villes moyennes face à la métropolisation

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